Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 11:24

#1 Aventures dans les mers du Sud Herman Melville Kopie

Après six longs mois en mer à chasser la baleine dans des conditions de vie insupportables, le baleinier américain, "l'Acushnet" jette l'ancre vers la fin juin 1842 à Nuku Hiva, dans la baie de Taiohae. La France, représentée par l'amiral Dupetit-Thouars, venait alors depuis peu de prendre possession de l'archipel des Marquises.

Au matin du 09 juillet 1842, Herman Melville déserte en compagnie de son camarade Toby (Richard Tobias Greene).

L'aventure commence. 

Profitant d'une permission à terre, ils disparaissent dans la nature.

Leur vagabondage à travers la brousse et les montagnes est pénible.

Au terme du troisième jour d'errance, ils descendent dans une vallée profonde que marque le lit d'un torrent. Éreintés, affamés, ils sont reçus pacifiquement dans la tribu cannibale des Taipi.

Il ne reste alors plus qu'à attendre que l'Acushnet se décide à lever l'ancre. Au bout de quelques jours, Toby réussit à s’enfuir, tandis que Melville, éclopé, reste captif des Taipi. Portant le pagne de "tapa", Melville va pieds nus, laisse pousser sa barbe, et vit pendant trois semaines des jours heureux avec ses hôtes cannibales et sa belle compagne Faiaue, une jeune marquisienne aux étranges yeux bleus.

Un jour les rumeurs parlent d'un bateau ancré dans la baie de Hakapaa et d'une embarcation avec un équipage arrivé dans la baie de Taipivai. Profitant de cette unique occasion, Melville court jusqu’à la plage, tenant serré dans ses bras le Tiki donné par le chef Mehevi pour assurer sa protection. Il laisse le Tiki sur la plage et réussit à embarquer in extremis sur un petit baleinier australien. La "Lucy Ann", lève l’ancre le 09 aout 1842 pour Tahiti. C'est ainsi que Melville écrira plus tard son premier livre autobiographique, Typee en 1846 qui le lancera dans sa carrière d'écrivain.

 

#2 La plage de Taiohae

A peine avions nous quitté le bord que de larges gouttes se mirent à éclabousser l'eau et, lorsque nous débarquâmes, il pleuvait à torrents. Nous courûmes nous refugier sous un vaste hangar à pirogues, tout proche du rivage, et laissâmes passer la première furie de  la bourrasque.

 

#3 Le sommet de la crête

Nous devions être à plus de 3000 pieds au dessus du niveau de la mer, et le paysage que l'on découvrait de cette hauteur était admirable. La baie solitaire de Taiohae, piquetée par les coques noires des bâtiments de l'escadre française, s'étalait au bas d'une rangée circulaire de hauteurs dont les flancs verdoyants, creusés de gorges profondes, ou parsemés de riantes vallées, composaient la vue la plus exquise que je n’aie jamais contemplée. Et quand je vivrai cent ans, je n'oublierai jamais le sentiment d'admiration que j'éprouvais alors.

 

#4 Les montagnes infranchissables, déception

Ma curiosité, en ce qui concerne l'aspect du pays que nous devions trouver de l'autre côté de ces montagnes, n'était pas médiocrement excitée, et je supposais, comme Toby, qu'aussitôt parvenus au sommet, rien ne nous empêcherait de voir les grandes baies de Hapaa et de Taipi reposant à nos pieds d'un côté, tout comme Taiohae s'étalerait de l'autre. Mais en cela nous fûmes déçus. Au lieu de voir la montagne que nous venions d'escalader s'abaisser dans la direction opposée en vallée large et spacieuse, il semblait que le pays gardait son altitude générale, coupé seulement par une succession d'arêtes et de creux intermédiaires, qui s'étendaient devant nous à perte de vue.

 

#5 Les cinq cascades Vaiahu, dites cascades Melville 

Le paysage que nous découvrions alors est un de ceux que je n'oublierai jamais. Cinq torrents écumeux, grossis et rendus bourbeux par les récentes pluies, se précipitaient par un nombre égal de ravins pour réunir leurs eaux en une chute vertigineuse de près de quatre-vingt pieds, et tombaient avec un fracas formidable dans une profonde vasque noire creusée parmi les sombres rocs. De là, leur masse confondue s'élançait par un étroit pertuis en pente qui semblait s'enfoncer dans les entrailles même du globe. Par dessus nos têtes, aux parois du ravin, saillaient de grosses racines d'arbres toutes mouillées d'embruns, que faisaient vibrer les ébranlements produits par la cataracte.

 

#6 La montagne pelée

Sans plus tarder, nous passâmes en revue le pays étalé devant nous, afin de décider de notre itinéraire, mais nous n'avions guère le choix car tout l'intervalle était barré par d'abruptes crêtes, entrecoupées de sombres ravins, qui s'allongeaient en lignes parallèles, à angle droit de notre chemin direct. Il nous fallait franchir tous ces obstacles avant d'espérer atteindre notre but. Voyage assurément pénible! Mais nous décidâmes de l'entreprendre, quoique pour ma part, tremblant de fièvre et souffrant beaucoup de la boiterie qui m'affligeait, je me sentis peu apte à en supporter les fatigues. Nous étions en outre affaiblis tous les deux par la privation de nourriture.

 

#7 Le village Taipi Tohua Vahakikua 14 juillet 1842

Quelques instants plus tard, la vallée entière retentissait de clameurs sauvages, et les natifs parurent, accourant vers nous de toutes parts. Nous étions sans aucun doute les premiers blancs qui n’eussent jamais pénétré aussi avant sur leur territoire, ou du moins les premiers qui ne fussent jamais descendus par le haut de la vallée. Toby quitta le village de Taipi le 27 Juillet 1842 pour aller chercher un secours pour son ami. Il regagna Taiohae en passant par la vallée du Hapaa. Enrôlé de force sur un autre navire, il ne revînt jamais.

 

#8 L’évasion 9 août 1842

Le bateau était à environ cinquante yards du rivage lorsque six ou sept guerriers s'élancèrent dans la mer et dardèrent sur nous leurs sagaies. Plusieurs nous effleurèrent de très près, mais il n'y eût aucun blessé, et les matelots poussèrent vaillamment au large. Mais nous avions beau être déjà hors de portée des traits,  notre avance était des plus lentes, car il ventait ferme du large, et nous avions la marée contre nous. Et c'est ainsi que Herman Melville quitta pour toujours les Marquises, emportant avec lui les souvenirs d'une aventure qu'il écrira quatre ans plus tard dans son premier livre Taipi.

 

 

Par André et Talen - Publié dans : Circuit Touristique Taipi
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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 10:53

Interview de Steven Jefferys, responsable de la sécurité lors des expéditions pour l’association Te Mana Ote Toa – Circuit Typee. Steve, comme nous l’appelons, est le plus calme de toute l’équipe, un rebelle au sang froid, en qui nous plaçons notre confiance, notre vie même dans certaines circonstances.

 

Marsillargues le 02 janvier 2011Nuku Hiva-168

 

 

#Quand as-tu commencé à t’intéresser aux Marquises ?

-A ma retraite car j’avais le temps d’y aller.

 

#Qu’est ce qui t’attire aux Marquises ?

-L’aventure

 

 

#En quoi consiste ton travail au sein de l’association ?

-Je suis chargé de réunir tous les renseignements concernant la logistique, la sécurité, le matériel nécessaire au bon déroulement de chaque expédition.

 

#Comment prépares tu une expédition ?

-Une bonne préparation physique est indispensable, grimpe en salle, randonnées pour s’entrainer à marcher seul et en groupe... Je fais une liste du matériel nécessaire, j’effectue les achats du matériel manquant, et je le teste pour être sur de savoir l’utiliser.

 Nuku Hiva-287

#Quelles difficultés peut-on rencontrer aux Marquises ?

-Les nonos (moustiques blancs ou noirs de la taille d’une puce), les moustiques, ainsi que la piqûre d’autres insectes qui peut être un problème (Scolopendres, guêpes…) et le coût de la vie sur place. Une autre de mes préoccupations reste la communication une fois sur place.

 

#Quels sont les risques pendant vos sorties ?

-Nous n’avons pas de secours en cas de pépins. Il nous faut donc être bien préparé et savoir réagir au plus vite. Piqûres, coupures, entorses, et en escalade, le non respect des règles de sécurité ou une mauvaise utilisation du matériel (à cause du manque de technique ou de la précipitation), peuvent avoir de graves conséquences. Il est donc primordial d’assurer une surveillance totale des membres du groupe sur le terrain. Le problème étant que je suis le seul à avoir de bonnes bases en escalade et que je ne peux compter sur personne pour m’assurer dans de bonnes conditions. Ils ont parfois tendance à ne pas se surveiller mutuellement quand je ne suis pas présent à leurs côtés. Quelques séances d’escalade et d’utilisation du matériel sont prévues mais je rêve de voir les membres de nos expéditions manier leur matériel les yeux fermés.

 

#Quel type de matériel utilisez-vous en montagne ?

-Ascendeurs, descendeurs, cordes de rappel, autobloquants, gants, casques pour la sécurité et l’assurance, talkies-walkies pour la communication. Enfin tout le matériel nécessaire aux bivouacs ainsi que de la nourriture et de l’eau, sans oublier sa purification.

 

#Qu’est ce qui te motive le plus dans tes fonctions ?

-L’aventure, le risque, la découverte de falaises, de crêtes, encore vierges de toute présence humaine et non équipés pour l’escalade. L’idée de marcher dans les traces de ces deux aventuriers improvisés que furent Melville et Richard Tobias Greene est aussi très excitante.

 Nuku Hiva-607

 

#Depuis quand pratiques tu l’escalade ?

-25 ans.

 

#As tu une formation de secourisme?

-Oui grâce à AF Certificat de sécurité sauvetage.

 

 

#Quels types de nœuds utilisez-vous ?

-Machard (nœud autobloquant pour rappel ou ascension) et nœud de huit pour le baudrier.

Nuku Hiva-246 

 

#Avez vous déjà eu de gros pépins au cours d’une expédition ?

-Peur oui, mais je m’efforce de réduire les risques à néant (impossible). Je touche du bois car jusqu’à présent nous n’avons eu à déplorer que quelques coupures, piqures d’insectes et une entorse.

 

 

#Qui finance le matériel de l’association ? Avez-vous des sponsors ?

-Pour l’escalade c’est moi qui finance. Nous n’avons pas de sponsors. Peut être l’année prochaine…

 

 

#Un petit test, pourrais tu me faire un double nœud de chaise ?

-Jamais utilisé ! Sauf en simple toutes les cordes sont fixées par le nœud de chaise simple sur la montagne car il est facile à défaire. Mais je prends toujours soin de faire des nœuds d’arrêt.

  noeud de chaise

Par Talen - Publié dans : Les activités de nos membres
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Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 15:56

Sa fonction de président mise à part, André Revel, dit Pape (prononcez Papé), est aussi un remarquable sculpteur. J’ai profité d’un week-end de travail pour lui poser quelques questions pour vous aider à cerner le personnage et faire quelques photos.

 

#Quand as-tu commencé à t’intéresser à la sculpture ?

-Le jour ou je rêvais d’avoir dans mon jardin un grand Moai. J’ai donc commencé par une sculpture monumentale et j’ai ainsi réalisé mon rêve.

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#Pourquoi des Tiki, Moai ?

-Parce que j’ai toujours été attiré par la Polynésie. J’ai de la famille qui vit là-bas. Les tiki et les Moai font partie de la culture, de l’histoire et des croyances des Maoris. Que ce soient des Tiki ou Moai, je les trouve beaux et ils sont tous uniques. D’ailleurs, ils représentent souvent un défunt ou un ancêtre.

 

#As-tu suivi une formation ou as-tu découvert ce talent en toi par la pratique ?

-Je n’ai suivi aucune formation, c’est comme mes dessins. Je sculpte et dessine comme si j’étais imprégné d’une sorte de « mana », et je découvre ensuite, comme tout le monde, le résultat de mon travail.

 

#Quelles sont les plus grosses pièces que tu as réalisées ?

-Pour l’instant c’est ce fameux Moai, qui trône actuellement devant l’atelier que je partage avec d’autres artistes à Pérols près de Montpellier.

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#Quelles sont les plus petites pièces de ta création ?

-Je n’ai pas encore vraiment fait de petites pièces. La taille petite pour moi c’est au minimum soixante centimètres, en termes de sculpture bien sûr !!!

 

#Quels matériaux préfères-tu travailler ?

-La pierre. Dommage que dans ma région je ne trouve pas ces pierres de rivière et d’origine volcanique aux couleurs si particulières qui ornent les vallées marquisiennes. Mais je fais honneur à la pierre du Gard en lui rajoutant un élément ramené de mes voyages. Je fais également des Tiki en bois, mais pour moi la pierre est plus source d’inspiration que le bois. JUILLET 2010 149

  Tiki 001

#Quels outils utilises-tu ?

-Un marteau à percussion pour dégrossir les blocs, la massette et les outils classiques utilisés pour la taille  : Gradines, ciseaux plats, gouges etc. Et pour du travail de précision et certains détails, un marteau pneumatique sur lequel j’adapte différents embouts.

 

#Combien de temps te faut-il pour réaliser une œuvre ?

-Cela dépend. Trois jours, un mois, un an, je travaille sur plusieurs pièces à la fois. Certaines pièces m’ont demandées plusieurs années d’efforts.

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#Travailles tu sur commande ?

-Pour les grandes sculptures, oui, systématiquement. Il est difficile d’organiser le transport des œuvres de grande taille pour les présenter au public dans des galeries ou lieux  d’expositions. Mon atelier reste le seul lieu où mes œuvres sont exposées de manière permanente.

 

#Cherches tu as faire un lien entre tes œuvres et les personnes ou les lieux auxquelles elles sont destinées ?

-Justement, quand il s’agit d’une commande, oui ! Ca vient naturellement. La personnalité du client et l’environnement dans lequel la statue prendra place m’influencent dans mon travail de création.

 

#As-tu un ordre de travail pour attaquer un bloc ? Lequel ?

-Non, je l’observe d’abord longtemps, jusqu’à ce que j’y voie une apparence anthropomorphe. A partir de là, je peux aussi bien commencer par la tête que par les pieds, je n’ai pas de règle précise.

 

#Comment fais tu pour donner ses proportions à une statue ?

-En règle générale, pour les Tiki, la tête est toujours plus grosse que le corps. Pour les Moai, c’est l’aspect général qui prédomine.

 

#Que cherches-tu à faire passer au travers de ta sculpture ?

-Je cherche à faire revivre au travers de la pierre l’âme de mes ancêtres. P6021786

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#As-tu un scoop sur les prochains projets ?

-J’envisage de réaliser une œuvre qui regrouperait en un seul bloc la mixité de la culture Maori.

Par Talen - Publié dans : Les activités de nos membres
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Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 20:02

Marseille, le 11 Septembre 2008. Assis à la terrasse d'un café, je suis impatient de rencontrer André Revel.

Nous sommes bien loin des évènements tragiques du 11 septembre, mes pensées m'entrainent, malgré moi, vers ces îles lointaines dont André m'a tant vanté la beauté. Je lève la tête pour admirer la vue sur Notre Dame, gardienne de la cité Phocéenne, le voilà qui arrive, la démarche chaloupée.

Sa main ferme attrape la mienne et sa voix lance bien haut : "Kahoa", déjà le décors disparait pour laisser place au rêve...

Dans la nuit du 22 au 23 juin 1842, l'Acushnet, un baleinier sous pavillon américain mouille dans la baie de Taiohae.

C'est un peu forcé par la faim après six mois en mer que le navire fait escale à Nuku Hiva. À son bord deux jeunes marins, engagés pour cette aventure périlleuse sortent du lot et sont appelés à vivre une formidable expérience.
Il s'agit de Richard Tobbias Greene (Toby ) et d’Herman Melville  (Tommo ). Lassés de la vie de marin et des conditions épouvantables à bord de l'Acushnet, ils décident de déserter.

Profitant d'une permission à terre, ils disparaissent dans la jungle environnante et se lancent dans un dangereux périple. Ils montent les pentes abruptes qui bordent la côte inhospitalière de cette île dont il n’existe pas encore à l'époque de cartographie précise, espérant échapper à la vigilance des locaux (il n'était pas rare à l'époque d'offrir des récompenses aux autochtones qui aidaient à ramener les déserteurs) ainsi que de leurs camarades de bord.

Arrivés au sommet de la crête qui surplombe la baie de Taiohae, alors qu'ils croient trouver une autre baie s'étalant à leurs pieds, ils se heurtent à une géographie chaotique, un plateau strié de ravins abrupts.

C'est au terme d'une première journée d'efforts considérables qu'ils arrivent sur un promontoire duquel ils voient, dans un fracas et au travers d'un brouillard, cinq cascades plongeant au fond du ravin et réunissant leurs eaux dans une piscine naturelle taillée dans les entrailles de la terre.

C'est dans ce site singulier, que l'on croirait sorti d'un rêve, la tête encore embrumée par les efforts fournis pour arriver dans ce lieu magique, que Tommo et Toby s'installent pour la nuit, dans un refuge de branches et de feuilles construit à la hâte.

Au terme d'une nuit cauchemardesque, après avoir vainement cherché à se protéger de la pluie torrentielle et des attaques incessantes des insectes ils se remettent en route.

Ils vont passer cinq jours dans ces montagnes à errer à la recherche d'un passage vers la baie voisine de Taipivai. Tommo blessé à la jambe se déplace péniblement en boitant, Ils souffrent de la faim et sont constamment trempés à cause des pluies qui arrosent l'île régulièrement.

Le harassement permanent des insectes et leur piqure conduit à des accès de fièvre et la faim les afflige lourdement lorsque enfin, au matin du 14 juillet, après avoir longé un torrent logé au fond d'une vallée, ils entendent les premiers cris des guerriers Taipi.

C'est dans la crainte qu'ils poursuivent leur chemin, descendant lentement vers la côte et longeant la rivière. Les deux jeunes hommes sont bientôt encerclés par les Taipis, qui surpris de voir des blancs descendre des montagnes, ne les agressent pas mais leur propose de la nourriture, et les recueillent dans leurs huttes de bois et de feuilles tressées.

Le 27 Juillet, Toby profite d’une descente sur la plage en compagnie des Taipis pour s’échapper et chercher de l’aide pour Tommo, qui encore torturé par sa blessure à la jambe ne peut toujours pas se déplacer sans peine.

Toby atteindra bien la baie de Taiohae, en passant par la vallée des Happas, mais il ne reviendra jamais. Enrôlé de force sur un navire en partance pour la Nouvelle-Zélande, ses appels à l’aide restent ignorés.

Toby retrouvera 4 années après aux États Unis son compagnon Tommo qu’il pensait mort. Tout comme Melville croyait que son compagnon avait péri lors de sa fuite :

(« Ah mon Dieu » me dit-il lors de notre rencontre, « Combien de nuits sans sommeil j’ai enduré. J’ai souvent bondi hors de mon hamac, rêvant que tu étais là devant moi en train de me reprocher de t’avoir abandonné sur l’Île. »)

Dans le village de Vahakikua Taipivai Tommo va rester près de trois semaines en compagnie des ses hôtes Taipis.

Il va même jusqu’à revêtir le Tapa et à prendre une compagne parmi les locaux, Vaiaue.

Il a la chance de pouvoir assister aux rituels et aux fêtes. Il observe leurs coutumes sans toutefois comprendre leurs significations.

Le 09 Août 1842 Melville réussit enfin à s’échapper et embarque à bord d’un autre baleinier, le Lucy Ann, qui l’emmène définitivement loin des Marquises, emportant avec lui le souvenir brûlant de cette aventure insolite.

Après plusieurs aventures à Tahiti et à Hawai, il rentre aux États Unis quelques années plus tard et écrit son premier livre Taipi, relatant ainsi en un émouvant témoignage son aventure dans les mers du sud.

En Amérique, la véracité de ses récits est tout de suite contestée et la publication de Taipi se fait pour la première fois à Londres en 1846.

Ce n’est que plus tard durant la même année que Richard Tobias Greene fait taire la critique par son témoignage.

(« Je suis le Toby de Typee » dit-il.)

Une seconde édition est alors imprimée aux USA avec en séquelle, l’histoire de Toby.

Mis à part le fait qu’il constitue une œuvre littéraire majeure, Taipi est aussi le premier compte rendu fidèle procurant des informations sur la géographie intérieure de ces îles, leur faune et leur flore. En outre on peut le considérer comme une première étude ethnologique des habitants de ces îles.

Malheureusement le livre publié par Melville en 1846 est regardé à l’époque comme un roman et peu ou pas de gens du corps scientifique ne lui accorde l’attention qu’il mérite.

Il faudra attendre Robert Louis Stevenson et plus tard Jack London et leurs recherches sur Melville pour réveiller quelque peu l’intérêt de la communauté scientifique, qui restera malgré tout dans un silence et une ignorance stoïque qui perdure encore plus ou moins de manière latente aujourd’hui.andré1ercontact

 

C’est en 1976, qu’André Revel pose pour la première fois le pied à Nuku Hiva et tombe amoureux de ces îles sauvages, plantées comme des menhirs affrontant la force irrésistible de l’océan.

Saisi par la beauté des paysages imprégnés de « Mana » et par la force et la tranquillité profonde de ses habitants qui comme leurs îles sont restés figés dans le temps, comme si ce dernier n’avait pas d’emprise sur ces terres sacrées parsemées de Tikis.

 « Je n’avais alors jamais entendu parler de Melville, seulement à travers son roman Moby Dick. » confit il entre deux gorgées d’un bon café. Dehors le soleil brille sur le vieux port, le mistral s’est levé, ramenant avec lui le premier froid de l’hiver qui approche, pour André Revel synonyme du départ imminent de l’expédition 2008.

« Nous étions partis en manœuvre, nous avons campé sur la plage de Nuku Hiva, c’était magique. J’ai senti que quelque chose me happais, un peu comme si je rentrais chez moi après un long périple. »

En 1988 une amie lui offre Typee d’Herman Melville. Fasciné par cette aventure hors du commun, André part sur les traces de Melville, livre en main. Après deux ans de recherches sur place et dans son appartement parisien, la découverte du parcours exact qu’on empruntés Toby et Tommo quelques cent cinquante ans auparavant est sa plus grande récompense. Dès son retour André entre en contact avec John Bryan, Editeur de la société Melville à New York, Bengt Danielson, l’anthropologue suédois membre de l’expédition Kon Tiki et Jean Jacques Faure, secrétaire d’état de l’archipel des Marquises. Il leur fait part de sa découverte. Jean Jacques Faure lui présente alors Lucien Kimitete, Maire de Nuku Hiva qui mettra tout en œuvre pour faire ériger une stèle sculptée par Kahee Taupotini. Même les locaux ont mis la main à la patte pour recevoir John Bryan lors de l’inauguration. Un hélicoptère est mis à sa disposition et c’est Pua Taupotini qui l’accueille pour la durée de son séjour aux Marquises.stèlemelville1

 

Le 9 juillet 1992, la stèle est inaugurée dans le village de Taiohae en présence de toutes les personnalités politiques locales et de métropole.

Ensuite les années ont passé, Lucien Kimitete a disparu et malgré tous les efforts fournis depuis seize ans le projet de réhabilitation du parcours Melville à Nuku Hiva est resté dans les placards.

 

Ce qui n’a pas empêché André Revel de réaliser deux expositions en France sur Melville.

 

La première pour le centenaire de la mort de l’écrivain en 1991 à Paris, puis une seconde au Château de Marsillargues (34590) en octobre 2002.

 

Dans le même temps il dessine un timbre commémorant l’arrivée de Melville à Papeete qui sera émis en septembre 1992 par l’Office des postes de Tahiti.

 

C’est en mars 2007 que cela commence à bouger à nouveau. Avec une nouvelle expédition composée de cinq membres, André se rend à Nuku Hiva. Les cinq hommes vont passer une semaine à aménager le promontoire depuis lequel Tommo et Toby découvrirent les cinq cascades pour la première fois.

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 En 2008, l’expédition Melville, composée de quatre personnes, emmène dans ses bagages, des pancartes qui vont être installées dans des espaces aménagés sur le bord de la route entre Taiohae et Taipivai pour permettre à de petits groupes de personnes de suivre les traces de Tommo et Toby en 4X4. Une première étape vers la mise en place d’un sentier pédestre destiné aux plus sportifs.0009

 

 C’est grâce à l’aide et au soutien de locaux, comme notre regretté Lucien, sa femme Déborah Kimitete, Benoit Kautai, Maire de Nuku-Hiva, Ramona, Kahee et Pua Taupotini à Taiohae, Jocelyne Peiliotua, Cécile Vaianui et Jean à Taipivai, John Bryant, Éditeur de la Société Melville à New York et depuis 2008 à l’intervention du GIE du Tourisme à Tahiti que le projet Melville subsiste et se développe.

Bien sûr ils ne sont pas seuls et sans l’appui et l’accueil de la population marquisienne tous ces projets seraient restés lettre morte.

  

La naissance de  l’Association Te Mana Ote Toa, Circuit Typee, va permettre également de promouvoir en France et dans le monde l’Art, l'Histoire et la Culture marquisienne et de développer l'écotourisme aux Marquises. Déjà prévu au programme de l’association, les Rencontres de Bollène dans le Vaucluse, des expositions sur le thème, Melville aux Marquises, des démonstrations de sculpture de Tikis et de Moais, ainsi que des séances de tatouage temporaire. Le noyau de ce groupe c'est André, Pape (prononcez papé) comme on l'appelle à Nuku-Hiva, chef des expéditions et président de l'association.

Nous sortons faire quelques pas sur le vieux port avant de nous séparer. Mon regard se perd dans la forêt des mats des plaisanciers, le vent souffle en bourrasques tourbillonnantes, brassant les premières feuilles mortes.

Que de chemin parcouru depuis 1976 et le fameux cadeau de Marie en 1988, Typee. André Revel me tends une main forte et noueuse, sa poigne ferme de baroudeur  s’écrase sur mon épaule.

Puis il se tourne et s’en va dans les bourrasques du Mistral, lançant un « Nana » (à bientôt) par-dessus son épaule…

 

Talen

Par Talen - Publié dans : Circuit Touristique Taipi
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